J'écoute : nathalie Dessay
Je regarde : la télé comme d'hab'...
Je lis : mon horoscope
Je joue : avec les mots
Je mange : trop
Je bois : Volvic cassis
Je cite : "le pessimisme est de nature, l'optimisme de conviction" (Alain - Propos sur le bonheur)
Je rêve : oh oui je rêve...
(mis à jour lundi 5 novembre 2007 à 22:22)

21/06/2008

21/06/08 - 15:29

toute ressemblance avec des faits réels...

Deux entreprises, dont une française, décident de faire une course d'aviron dans le but de montrer leur savoir-faire dans le domaine de la "galvanisation" des troupes.
Les deux équipes s'entraînent dur.

Lors de la première épreuve, les étrangers gagnent avec plus d'un kilomètre d'avance.

Les Français sont très affectés. Le management français se réunit pour chercher la cause de l'échec.
Une équipe d'audits constituée de seniors managers est désignée.
Après enquête, ils constatent que l'équipe française, qui est constituée de dix personnes, n'a qu'un rameur, alors que l'équipe étrangère comporte un barreur et neuf rameurs.

La direction française décide de faire appel au service de consultants internes.
Leur avis, entouré de précautions oratoires, semble préconiser l'augmentation du nombre de rameurs.

Après réflexion, la direction décide de procéder à une réorganisation.

Elle décide de mettre en place un manuel qualité, des procédures d'application, des documents de suivi...
Une nouvelle stratégie est mise en place, basée sur une forte synergie. Elle doit améliorer le rendement et la productivité grâce à des modifications structurelles. On parle même de zéro défaut dans tous les repas brainstorming.

La nouvelle équipe constituée comprend maintenant :
1 directeur général d'aviron
1 directeur adjoint d'aviron
1 manager d'aviron
1 ingénieur qualité d'aviron
1 consultant de gestion d'aviron
1 contrôleur de gestion d'aviron
1 chargé de communication d'aviron
1 coordinateur d'aviron
1 barreur
1 rameur

La course a lieu et les Français ont deux kilomètres de retard !
Humiliée, la direction prend des décisions rapides et courageuses :
- Elle licencie le rameur n'ayant pas atteint ses objectifs, vend le bateau et annule tout investissement.
- Et avec l'argent économisé, elle récompense les managers et superviseurs en leur donnant une prime, augmente les salaires des directeurs et s'octroie une indemnité exceptionnelle de fin de mission.

17/05/2008

17/05/08 - 17:18

Ils ont de la chance les gays chez l'oncle Bush...

On sait l'admiration que Nicolas porte à Georges. Alors, on peut peut-être rêver, non ?

Que de chemin parcouru depuis! En 2003, la Cour suprême du Massachusetts a reconnu aux homosexuels le droit de se marier; l'année suivante, la Cour suprême des Etats-Unis, dont les membres sont majoritairement issus des milieux républicains, a interdit les lois homophobes de certains Etats du sud et de l'ouest. La même année, pendant la campagne électorale, le président Bush s'est désolidarisé de son parti en admettant qu'il n'était pas hostile à l'idée de contrat d'union civile pour les homosexuels.

Autrement dit, la position du plus réactionnaire des présidents américains est la même, sur ce sujet, que celle de Lionel Jospin (oui au Pacs, non au mariage). Enfin, les homosexuels peuvent aujourd'hui adopter des enfants dans neuf Etats.

La culture populaire américaine a facilité ce mouvement. Dans les films, les séries ("Six Feet Under", "Will and Grace"…) et autres émissions de télévision, les gays sont présentés sous un jour favorable. Dans l'émission "Queer Eye for a Straight Guy", une bande de joyeux "queers" aide des hétéros un peu balourds à refaire leur garde-robe et leur appartement en vue de reconquérir le cœur de leur dulcinée…

En France, pendant ce temps, qui combat l'homophobie? La télévision multiplie les caricatures grotesques, la Police est prête à ficher les homos et les autorités refusent la nationalité à un homme qui a eu le malheur de se marier aux Pays-Bas avec un autre homme.

Le reste de l'article est là, sur Rue89

17/05/08 - 11:09

Illustration de la journée de lutte contre l'homophobie

Elle avait demandé à me voir et me tendit alors un rapport écrit au sujet d'un élève. Je lui rappelais que la procédure normale voulait qu'elle confiât ce rapport à une CPE et lui indiquait que le problème serait traité sans délai.
Je voyais bien que - même si elle m'avait compris - elle souhaitait me soumettre son problème. Ayant un rendez-vous, je pris le rapport et l'assurais que je m'en occuperais le jour même.
Dans ce rapport elle relatait un incident qui l'avait opposé à un élève de terminale. Vous faites des cours de merde, c'est pas possible d'être comm'ça ! Vous vous êtes trompée de métier !
Machinalement dans ma tête, je traduisais les propos : journée(s) d'exclusion, convocation des parents... Je pensais calendrier, proximité des examens, nécessité de ne pas laisser passer l'incident malgré le peu de temps qui reste. Je pensais crédibilité du professeur, crédibilité du proviseur.
Le rapport n'était pas fini. La prof menaçait l'élève d'un rapport au proviseur. Pas démonté, pas calmé, l'élève réagit : Faites le votre rapport ! faites un lettre recommandée à monsieur Le-Monde-Selon-Garf. C'est qu'un homosexuel d'abord !
En lisant ça, forcément j'ai compris pourquoi elle avait tant insisté pour me remettre le rapport en mains propres...

J'ai convoqué l'élève. Je lui ai indiqué que ce rapport appelait deux réponses : un conseil de discipline pour insulte envers un enseignant certes mais également un dépôt de plainte pour propos homophobes. Tête baissée il a tenté de m'expliquer que ce n'était pas ce qu'il voulait dire.
- Oui, mais vous l'avez dit. Et vous n'avez pas choisi les mots au hasard : vous n'avez pas dit "pédé" ou "enculé" alors que ce sont des insultes hélas courantes dans les rues ou les cours de récréation. Vous avez choisi le terme "homosexuel" avec la volonté manifeste de salir et d'insulter !
- J'ai dit ça comme ça m'sieur !
- Puis-je savoir d'où ça vous est venu cette idée de déclarer que j'étais homosexuel ?
- Je l'ai entendu dire dans les couloirs...
- Aaaah les couloirs ! Y-a-t-il quelqu'un, vous peut-être qui peut expliquer que j'aurais eu une attitude équivoque, un geste déplacé, quelque chose qui permette de voir en moi autre chose qu'un proviseur ? De quel droit vous permettez vous de parler de choses qui - qu'elles soient vraies ou pas - relèvent de ma vie privée ! Ici je suis proviseur et vous êtes élève. On est dans un lycée, pas dans les pages indiscrétions-et-ragots de Voici. Vous savez que j'ai entendu dire dans les couloirs que vous étiez un garçon intelligent ? Ce n'est pas pour ça que j'y ai cru ! Je veux donc voir vos parents en votre présence. D'ici là vous êtes exclu du lycée.


Les parents étaient là hier soir. Je leur lis le rapport du professeur. Ils sont atterrés. Leur fils ne leur avait pas raconté l'épisode des propos homophobes.
J'annonce que j'ai décidé, étant donné la date et la proximité de l'examen, de ne pas convoquer de conseil de discipline. En revanche je me réserve le droit de déposer plainte. Dans le courant de la conversation je rappelle que si moi, citoyen ou proviseur, je m'étais permis de faire un commentaire sur l'absence de travail de cet élève en faisant allusion à se couleur de peau (les noirs c'est tous des fainéants par exemple) je tomberais évidemment sous le coup de la loi...
- Mais c'est pas ce que je voulais dire m'sieur !
- Expliquez moi alors pourquoi vous avez choisi d'attaquer sur ce sujet, pourquoi avoir choisi de dire : "ce N'est QU'un homosexuel". Un pédé vaut-il moins qu'un autre homme ? La question se posera de la même façon pour un juif, un arabe, une femme... ou... ou un noir pourquoi pas !

Je n'ai pas obtenu de réponse.
Je lui demande ce qu'il compte faire l'an prochain en précisant "j'espère que vous n'envisagez pas de poursuivre en Bac Pro, ici, dans ce lycée !"
- Non non. L'an prochain j'arrête. je veux devenir pompier.
- Pompier ! Bravo mais voyez vous jeune homme, j'ai une autre image des pompiers : ce sont des gens qui se dévouent pour les autres, quels qu'ils soient, qui sont respectueux des autres... Au fait... ça ne vous fait pas peur de savoir que les pompiers ont la réputation de faire fantasmer les homosexuels ?

Un ange est passé. J'ai parlé calmement en le regardant droit dans les yeux. Je crois que s'il avait été blanc, je l'aurais vu rougir.

Je me suis levé pour signifier la fin de l'entretien. J'ai demandé aux parents de ne pas renvoyer leur fils au lycée pour les 10 jours qui restent à venir. De toute façon il est régulièrement présent dans les couloirs mais absent en classe, ne venant au lycée que pour voir ses copains. J'ai cependant fait valoir ma déception de n'avoir à aucun moment entendu sortir de la bouche de ce jeune homme de 19 ans les mots : je vous prie de m'excuser.
La maman, très digne m'a simplement répondu : Je suis désolée de tout ça. Mon fils est majeur monsieur. Si vous voulez porter plainte faites-le. Il est responsable. Il faut qu'il comprenne.
Je ne porterai pas plainte, même si je laisse encore planer le doute. Si ce n'était pas moi, mais un de mes profs qui s'était fait insulter, je n'aurais évidemment pas hésité à le soutenir et à demander au rectorat de se porter partie civile conjointe dans le cadre de la protection des fonctionnaires. Mais quand il s'agit de soi... Je n'ai pas envie d'être mis en avant et de donner l'impression que j'en fais une affaire personnelle. Elle n'est finalement pas si simple à gérer la notion d'atteinte à la dignité de la fonction et la ligne de démarcation entre le chef d'établissement et le simple citoyen...

11/05/2008

10/05/2008

10/05/08 - 10:25

Ma madeleine de Proust à moi

C'était il y a un peu plus de 6 ans je crois.
Je découvrais le frisson que l'on éprouve lorsqu'on pense à quelqu'un. Je découvrais que quelqu'un pouvait à la fois investir mon esprit, mon coeur et ma maison. Je découvrais qu'une présence pouvait occuper bien plus qu'un espace physique. Je découvrais que quelqu'un qu'on aimait était encore là même quand il quittait la maison au petit matin. Ou qu'il serait encore là longtemps lorsqu'il déciderait de partir pour toujours dévastant le coeur et l'esprit.
Ces sensations là, je les ai fantasmées, idéalisées, théatralisées pendant de longs mois. Incapable de les surmonter. Ne voulant sans doute pas les oublier parce qu'elles étaient la preuve douloureuse que je pourrais dire que, moi aussi, j'avais aimé et j'avais été aimé.
Et puis le temps... Le temps a passé mais j'ai toujours au fond de moi le souvenir du frisson que l'on éprouve quand il arrive ou qu'il part. L'idée de son odeur qui le suit de longues minutes après qu'il ait franchi la porte. L'odeur qu'il abandonne en même temps qu'on comprend qu'il nous abandonne aussi. Son odeur dont on sait qu'elle imprègnera durablement ce lit qu'on se prend à détester et à fuir, préférant dormir sur le canapé. Avec un vieux t-shirt serré contre soi, celui qu'il portait la dernière nuit. Cette nuit dont on ne savait pas alors qu'elle serait la dernière passée près de lui, dans ses bras...

Depuis j'ai refusé d'imaginer que quelqu'un pourrait me faire revivre ces moments là. D'ailleurs ils ne sont pas nombreux ceux qui ont essayé de me faire changer d'avis : je n'ai pas eu à lutter souvent pour préserver ma tranquillité...
J'ai cependant toujours au fond du coeur le souvenir, l'envie mais aussi la peur de ce frisson là.
L'histoire est étrange car, bien que tout soit différent, il y a quelques jours, je suis revenu presque 6 ans en arrière.
Tout est différent parce qu'il n'est pas question d'amour.
Il était là, alors il fallait que je pense à ce que j'allais faire à manger.
Il était là alors il fallait que je pense à ne pas faire de bruit le matin en prenant ma douche pendant qu'il dormait encore.
Il était là alors il fallait que je pense à baisser le son de la télé quand il partait se coucher.
Il fallait que je lui laisse les clés. Que je lui demande à quelle heure il partirait. A quelle heure il rentrerait.
Il était là alors il fallait tout simplement que je pense au pluriel. Que j'accepte de rompre mes routines. Mes habitudes. Mon silence.
Et puis il est parti. Dans la salle de bain est restée l'odeur d'un gel douche auquel je ne suis pas habitué.
Et puis il est parti et j'ai retrouvé très rapidement mes habitudes mais je regarde cependant avec étonnement ce canapé, là la droite de mon fauteuil, ce canapé débarrassé des vêtements que je jette dessus quand je rentre du boulot. Ce canapé que rien ni personne n'a réinvesti...

...

Mardi matin il est reparti, comme prévu, chez lui. Moi, j'ai eu ma journée de boulot pour penser à autre chose.
Et puis le soir est venu. Je suis rentré chez moi et j'ai ressenti tout d'un coup le vide, l'absence. J'ai défait comme tous les soirs ma cravate. Ôté ma chemise. Enfilé ce polo noir que j'aime tant (ça amincit le noir...). Sur ce polo il avait une odeur, non pas son odeur à lui (c'est bien ça la différence avec une histoire d'amour qui finit) mais l'odeur d'un parfum que j'ai testé samedi, juste le jour de notre rendez-vous. Cette odeur m'a accompagné pendant les trois jours de son séjour. Cette odeur, tout d'un coup, au milieu de son absence, m'a filé le blues. Associée qu'elle était - inconsciemment - dans mon esprit à sa présence. A une présence chez moi.

Certes, ça n'avait rien à voir avec l'amour. C'est de l'amitié. Sincère, sans équivoque. Mais ça m'a ouvert les yeux... Moi qui me définis aisément comme un ours, un vieux machin solitaire, une sorte de Diogène adepte de l'ipod pour mieux s'isoler encore, j'étais bien avec quelqu'un chez moi. Je ne croyais pas que c'était possible.
Je ne croyais plus que ce serait possible...
Alors merci.
Merci d'avoir remis un peu d'huile dans mes rouages rouillés.

03/05/2008

03/05/08 - 08:38

Et maintenant le bulletin météo...


(Trouvé ici )

28/04/2008

28/04/08 - 19:31

Rage against the machine

16 euros et 65 centimes sivouplé me demande-t-elle, sans me regarder vraiment mais vraiment préoccupée à décoller son chewing-gum d'une molaire, loin, loin dans la cavité buccale. Je ne serais pas étonné outre mesure qu'elle y mît le doigt pour aider le travail de la langue.
Face à mon billet de 20 euros elle ose un regard et me demande, à peine aimable : z'avez pas les 65 centimes sivouplé ?
Je fouille mes poches. Un euro. 50 centimes. 10 centimes. Deux secondes je vous prie, je crois que j'ai le complément. Malgré mon sourire, je n'obtiens qu'une accélération de la mastication du chewing-gum qui entre temps a retrouvé une certaine liberté dans sa bouche. 3 pièces de 2 centimes. Voilà, 1,66 euros ! Ben comme ça vous me rendez 5 euros et 1 centime, et c'est bon !
Pas de réponse.
Elle vérifie mes 3 pièces de 2 centimes.
Et c'est là que je me rends compte que cette jeune employée pourrait être Sonya, Priscilla, Fatoumata ou Nadia, une de mes élèves, ayant brillamment triomphé des épreuves du BEP. Je la sens décontenancée par mon affirmation. 5 euros et 1 centime ? D'où il tient ça lui ? Comment qu'il le sait ? Il s'appelle IBM ?
Elle tapote sur le clavier de sa caisse qui-fait-tout, qui-sait-tout, qui-remplace-le-cerveau. Et m'annonce triomphalement : Et voilà 10 euros et 1 centime m'sieur ! Je sens bien qu'elle insiste sur le DIX euros...
Je suis mortifié. J'ai voulu jouer au client décontracté et sûr de lui, et voilà qu'une ruminante de caisse de supermarché me remet à ma place. Pourtant de mon temps on apprenait à compter. Et puis, c'est bien connu, le niveau des élèves baisse. Certes. Mais la Machine - avec un M majuscule - m'a donné tort, elle ordonne que l'on me rende DIX euros et un centime. On ne discute pas avec une Machine avec un M majuscule, même si on fait partie d'une génération qui a appris à se servir d'une race spéciale de neurônes, ceux dédiés au calcul mental.
Je prends les 10,01 euros. Et je m'en vais, perplexe et la tête basse...
Pourtant...
Pourtant je devais 16,65 euros. Je donne 21,66 euros. On aurait dû me rendre 5,01 euros, non ?
Je calcule et retourne les chiffres dans tous les sens. Mais la Machine avec un M majuscule a sorti la réponse et a ordonné que l'on me rende 10,01 euros. Alors ? Ce n'est pas normal mais...

Avant de jeter le ticket de caisse, arrivé dans mon appartement-à-moi-que-j'ai, je l'ai regardé. Perplexe et dépité. Parce que j'étais sûr de moi. Nul en maths, ça oui, je l'ai toujours été, je le concède, je le confesse. Mais pas en calcul mental. J'étais bon en calcul ! Alors quoi ?
Sur le ticket de caisse, il y a trois lignes. Total dû : 16,65 €. Espèces reçues : 26,66 €. Rendu : 10,01 €.
Ben voilà. Espèces reçues 26,66 € au lieu de 21,66 €...
Le chewing-gum n'était pas que dans la bouche, mais aussi à la place du cerveau, la caissière n'a pas tapé les bons chiffres. Et la Machine avec un M majuscule a été trompée.
J'ai gagné 5 euros mais surtout retrouvé toute ma joie, toute ma superbe, toute ma fierté. Je sais encore compter. On ne me la fait pas à moi !
Et je suis rentré juste à temps pour me mesurer aux champions des Chiffres et des Lettres... (Non, j'déconne !)

28/04/08 - 08:14

Teacher Man (Un jeune prof à Newyork) - Frank McCourt

Il y avait New York et professeur dans le titre. Suffisant donc pour attirer mon attention.
Il y avait cette 4ème de couverture (et pourtant, je passe mon temps à dire combien il faut se méfier de ces résumés dans lesquels je ne retrouve généralement pas mes impressions...). Mais là, ça colle :

Après avoir enchaîné les petites métiers, Franck McCourt se décide enfin à utiliser son diplôme d'enseignant. Premier poste : un lycée technique de Staten Island ; premiers élèves : des fauves. Quelle attitude adopter ?
Au risque de fâcher sa hiérarchie, Frank choisit la ruse. les élèves font des batailles de sandwichs ? Il les attrape au vol et les mange. Ils sont régulièrement en retard ? Il y voit une occasion de leur enseigner l'écriture en leur faisant rédiger les excuses d'Eve ou de Judas. Ils n'écoutent pas en cours ? Il les intrigue, les étonne, les subjugue grâce à des anecdotes sur son enfance irlandaise, histoires qui vont captiver les élèves les plus rétifs et bouleverser des générations de lecteur du monde entier.


Bon évidemment il y a toujours cette simplification outrancière, ces formules censées donner une portée universelle à chaque livre qu'on envisage d'acheter... Au delà de ces réserves habituelles j'ai lu un livre dans lequel il y a une vraie réflexion sur le métier d'enseignant. Et même si ça se passe dans le New York des années 60, il y a matière à transposer dans le monde de nos banlieues avec ses rites, ses bandes, ses communautés, ses exclus, et ses jeunes attachants.
Parallèlement, j'y ai trouvé de très belles réflexions sur l'acte d'écrire...
Je ne résiste pas à l'envie de recopier ce passage, superbe hommage à la relation prof-élève, éblouissante justification du métier d'enseignant...

Une jeune remplaçante s'est assise à côté de moi dans la cantine des profs. Elle allait devenir titulaire en septembre et est-ce que je pouvais lui donner quelques conseils ?
Trouvez ce que vous aimez et faites-le. Ça se résume à ça. Je dois reconnaître que je n'ai pas toujours aimé enseigner. Je nageais complètement. Homme ou femme tu es seul dans ta classe, face à cinq classes par jour, cinq classe d'adolescents. Une unité d'énergie contre cent soixante-quinze unités d'énergie, cent soixante-quinze bombes à retardement, et tu dois te débrouiller pour trouver un moyen de sauver ta peau. Ils t'apprécieront peut-être, voire ils t'aimeront, mais ils sont jeunes et une de leurs attributions, c'est de chasser les vieux de la surface de la terre. Je sais, je force un peu le trait mais tu es comme un boxeur qui entre que le ring ou un torero dans l'arène. Tu peux tomber par K-O ou te faire encorner, ça sonnera le glas de ta carrière d'enseignant. Mais si tu t'accroches tu apprends les ficelles. C'est difficile mais il faut que tu te sentes à l'aise dans ta classe. Tu dois être égoïste. Les compagnies aériennes disent que si tu manques d'oxygène il faut d'abord que tu mettes ton masque, même si ton instinct te dicte de sauver un enfant.
La classe est la théâtre des grandes tragédies. Tu ne sauras jamais l'effet que tu as eu sur des centaines d'élèves qui y défilent, ni ce que tu as fait pour eux. Tu les vois qui quittent la classe ; rêveurs, amorphes, narquois, admiratifs, souriants, interloqués. Au bout de quelques années, des antennes te poussent. Tu sens quand tu les as touchés ou quand tu te les es aliénés. C'est chimique. C'est psychologique. C'est l'instinct animal. Tu es avec les mômes et, tant que tu restes prof, il n'y a pas d'échappatoire. N'attends pas d'aide de la part des gens qui ont fui la salle de classe, tes supérieurs. Ils sont trop occuper à aller déjeuner et à nourrir les plus hautes pensées. C'est entre toi et les gamins. Tiens, la sonnerie. A plus tard. Trouvez ce que vous aimez et faites-le.


Rien à ajouter. Je recommande. Chaudement. Avec enthousiasme.
Je pense que je recopierai cet extrait et que je le diffuserai à mes profs. A la prochaine rentrée.

25/04/2008

25/04/08 - 10:18

Je ne vous ai pas encore parlé de la Nouvelle Star ?


"Ben là, j'me suis fait chier !" c'est ce que déclarait Sinclair après la prestation d'un candidat de la Nouvelle Star.
C'est aussi ce que j'ai envie de dire après plusieurs émissions.
On va passer vite fait sur l'épisode Cindy Sander présentée comme un bonbon (?) décalé alors qu'il ne s'agit que d'un coup médiatique dont j'en arrive encore - après l'avoir vue invitée dans de nombreuses émissions - si elle est consciente du ridicule de la situation. Elle tente de faire sienne la formule "qu'importe que l'on parle de moi en bien ou en mal, l'important c'est qu'on parle de moi." Crise d'ego chez une "artiste" qui avouait elle-même avoir été jetée de 80 castings et qui refusait de comprendre pourquoi on ne lui donnait pas sa chance. Les jurés avaient tenté de lui dire : "c'est parce que tu n'es pas bonne ma pauvre !" mais ça n'avait pas suffit...
Tout le monde sait que cette émission, comme toutes les autres émissions de télé-réalité, est scénarisée. Il faut du pathos, du ridicule, de l'émotion, de l'ingénuité, du talent, du surprenant, du familial, du trash. Et si finalement le cas Cindy Sanders avait échappé à ses concepteurs : présentée comme ringarde, humiliée en public, ridiculisée, elle est devenue une sorte de symbole de la branchitude vacharde, mais aussi un trophée pour ceux qui s'insurgent contre le système véhiculé par le concept "Nouvelle Star". Un peu comme ce candidat d'American Idol, Sanjaya Malakar, qui a bénéficié lui aussi d'un buzz insensé outre Atlantique : un animateur radio (Howard Stern) avait décidé contre toute logique de le faire gagner et de saboter le concept "American Idol" en demandant à ses auditeurs de voter pour Sanjaya. Il chantait faux, il était nul... mais les télespectateurs décidant du vote, il fut sauvé moult fois, au détriment de candidats d'un niveau nettement supérieur. Le jury menaça même de démissionner...
En est-on si loin avec Cindy Sander ? Blague de potache ou pas le buzz médiatique a fonctionné, et cette pov'fille est venu chanter son pitoyable "Papillon de lumière" comme guest Star dans un programme qui l'avait jetée. Beaux joueurs les producteurs ? bien sûr que non... Tentative de récupération ou plus exactement de prise de contrôle d'un phénomène qui pourrait discréditer le produit " Nouvelle Star", assurément... En attendant, Cindy Sander reste une artiste (?) de bal ou de karaoké. Rien de plus...

Et les candidats alors, les vrais ?
Je regarde l'émission et je n'ennuie souvent... Il est évident que d'une saison à l'autre on ne peut pas s'attendre à des déclarations du genre : "ben cette année, c'est pas top, le niveau reste moyen, on n'a pas découvert de pépite..." Au contraire, on nous vend le miracle, l'insensé, l'ovni musical, l'exceptionnel comme une vulgaire serpillière multitâche à la Foire de Paris.
On est pourtant retombé dans un "format musical" proche des premières saisons. Intéressant par certains aspects, prometteur parfois. Benjamin ou Amandine sont souvent au top sans pour autant être éblouissants. Cédric est un bon chanteur (bogosse en plus, ce qui ne gâche rien) mais est-ce pour autant un grand chanteur ? Jules avec sa mèche de rocker pour midinette tente désespérément d'habiter des vêtements de rockers trop grands pour lui... Lucille et ses paillettes sur les pommettes, Ycare et ses yeux de psychopate... On peut dire beaucoup de choses sur eux mais pas grand chose sur leurs prestations musicales, sauf qu'elles sont souvent décevantes, souvent ponctuées de fausses notes, souvent boursouflées.
Chez beaucoup de ces candidats il y a la recherche de la posture rock, folk, rock'n folk. Et on touche très rapidement à l'imposture.
J'étais déjà perplexe l'an dernier avec Julien Doré, mais je veux bien lui faire crédit : il a une personnalité forte, il a semble-t-il une conception du spectacle et de la chanson - on dit un univers maintenant - qui lui est propre. Mais il y avait chez lui également une systématisation dans le décalage qui me lassait. J'avais écrit à l'époque que le voir était une épreuve tant il avait l'air de souffrir en chantant. Aujourd'hui encore je reste persuadé que certaines (ou beaucoup de) chansons peuvent vivre sans qu'il les passe à la moulinette.
Christpohe Willem, s'amusait en chantant. Il donnait le sentiment que beaucoup de choses étaient naturelles, évidentes, fluides, faciles. Il leur apportait sa touche de folie ou d'émotion, il mettait sa voix et son aisance au service de son interprétation. Il ne faisait pas de l'interprétation un show personnel dans lequel la chanson était reléguée au rang de faire valoir. Je pense en particulier à sa version sobre et émouvante de "Pour ne pas vivre seul". Mais aussi à la façon dont il avait chanté "New York New York" sans en faire des tonnes, sans la dénaturer pour qu'elle colle avec son image. Parfois s'approprier une chanson, c'est la servir avec humilité.
Bien sûr cette émission ne peut fonctionner qu'à la condition expresse de se souvenir qu'il s'agit d'un show. Et le choix final des 15 candidats retenus montre les limites et les dérives de l'exercice.
Les candidats actuels ont sans doute un vrai talent. Mais ils se caricaturent tout seuls et perdent le naturel, l'aisance, la facilité qu'ils avaient pu montrer lors des castings alors qu'ils sont maintenant sur scène. Ils ne font pas la différence me semble-t-il entre prestation scénique et exhibition scénique. En oubliant que la télé est en plus un miroir grossissant et déformant pour tous les défauts. A trop vouloir en faire on devient une baudruche grotesque. A trop vouloir imposer sa patte, sa touche sur des chansons qui n'ont pas été écrites pour soi, on passe à côté du seul message qui compte : faire passer l'émotion ou le plaisir.
Tant qu'on aura des candidats qui comme Ycare déclareront après une prestation ratée : j'ai tout donné, je ME suis fait plaisir, cette émission passera à côté de son objectif.

Quant au jury... Mise à part la sobriété de Sinclair et la fraicheur inattendue de Ph. Manoeuvre, je me lasse un peu du concours de références, de citations, de comparaisons oiseuses que s'échangent les jurés membres du jury. Ils sont là pour pour donner un avis, pas pour faire assaut de bons mots. Il sont là pour la Nouvelle Star, pas pour passer le lendemain au zapping. Et je m'énerve de leurs partis-pris. Sans doute tout simplement parce que je ne les partage pas.
Finalement... "ben là... j'me suis fait chier" ça s'applique autant aux performances des chanteurs qu'aux prestations du jury.

Mais... Mais je regarderai encore les prochaines émissions.
Evidemment.

23/04/2008

23/04/08 - 10:38

Trompe la mort

Et si jamais au cimetière
Un de ces quatre, on porte en terre
Me ressemblant à s'y tromper
Un genre de macchabée
N'allez pas noyer le souffleur
En lâchant la bonde à vos pleurs
Ce sera rien que comédie
Rien que fausse sortie

Et puis, coup de théâtre, quand
Le temps aura levé le camp
Estimant que la farce est jouée
Moi tout heureux, tout enjoué
J'm'exhumerai du caveau
Pour saluer sous les bravos
C'est pas demain la veille, bon Dieu
De mes adieux.

Trompe la mort - G. Brassens


Pâques c'était il y a 15 jours... Pâques et le mystère de la résurrection du Christ, dans la tradition chrétienne.
Est-ce que Pâques, est-ce que la résurrection, ça va devenir comme les soldes, autorisé toute l'année ?
L'affaire de la vraie-fausse-mort de Pascal Sevran me ferait presque sourire si ça ne me donnait pas une fois de plus l'occasion de trouver matière à dénoncer les dérives du journalisme, de ce journalisme qui fait notre quotidien, celui qui abreuve nos grand-messes de l'info, celui qui formate les esprits par la puissance et l'omnipotence de ses moyens de diffusion.
Je suis tombé de mon siège en entendant Benoit Duquesne, chef de la rédaction d'Europe 1, rédaction qui est à l'origine de l'info, expliquer :

"Il faut que ce genre d'erreur agisse comme une piqure de rappel et qu'on se dise à quel point il faut savoir être humble dans ce métier, être prudent quand on a des informations à donner et puis savoir résister à cette espèce de difficulté à laquelle il faut toujours faire face (...) on se bagarre pour être les premiers, les plus rapides, mais il faut aussi avoir une information sûre, juste... Alors on peut faire des erreurs (malheureusement celle-ci est lourde) mais il faut savoir quelques fois ne pas aller trop vite pour s'en garder le plus possible. (…) Il faut que ce soit l'occasion de s'interroger sur nos propres modes, nos propres process de vérification d'une information. (…) Les sites de plus en plus nombreux, la pression est de plus en plus forte, les rumeurs qui circulent sont de plus en plus nombreuses et face à cela, c'est quelquefois difficile de résister ou en tout cas de tout vérifier, et on a quelquefois - à tort à mon sens - de passer à côté d'une information et d'être en retard sur une information. (…) Ça veut dire prendre son temps mais on n'est pas la Pravda non plus et on ne peut pas se permettre d'attendre une journée ou deux pour donner une information si elle est partout... Les gens finiront par se dire qu'Europe 1 n'est pas le meilleur media si on veut être informé. Il faut donc qu'on soit performant mais il faut qu'on soit fiable.


Evidemment c'est très facile pour moi, ici, de jouer les donneurs de leçons. Mais la simple lecture de la retranscription des explications de B. Duquesne montre toute la dérive de l'info vers l'évènementiel et la peopolisation à outrance... B. Duquesne avoue finalement avec une candeur qui m'effraie qu'une rédaction comme celle d'Europe 1 fonctionne comme un robinet qui ne sert qu'à diffuser des infos collectées par d'autres. On diffuse, on vérifie après.
Et on ne me fera pas croire que la multiplication des sites internet qui se prétendent des contre-pouvoirs va permettre de lutter contre cette dérive. Au contraire. Car on peut conclure qu'il est finalement et déontologiquement moins grave de devoir publier un démenti plutôt que de n'avoir pas tenté le scoop.

Moi je dis que tout ça ne sera pas arrivé si un journaliste, un vrai, avait pris la peine de téléphoner à Pascal Sevran pour lui demander "Dites, m'sieur Sevran, c'est vrai que vous êtes décédé ?"

20/04/2008

20/04/08 - 16:46

les tendances de la mode

La tendance est aux vêtements près du corps.
Très-très-très près du corps...
Plus près, ce serait indécent, non ?

20/04/08 - 15:08

Moi pas comprendu

Je reçois une dizaine de ces messages par jour. Et je reste sans voix devant tant d'efforts pour séduire le client...

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La mondialisation devra encore faire des progrès pour se faire accepter...


13/04/2008

13/04/08 - 13:31

Autodérision ?

... ou méthode Coué ?


© Ph. Geluck

12/04/2008

12/04/08 - 10:20

Cherchez l'erreur...

Quand on tape "Bel Ami" sur un site de téléchargement... (Oui je sais c'est mal !)

09/04/2008

09/04/08 - 19:23

Allumer le feu...

C'est dans Le Grand Fossé (les aventures d'Astérix le Gaulois), je crois, qu'on voit les chefs de deux tribus rivales qui, englués dans des guerres de clans ou de familles, passent leur temps à se battre. Image symbolique où les deux chefs, montés sur leurs pavois, regardent leurs troupes se taper sur la gueule avec entrain, puis faire demi-tour et rentrer tranquilles comme baptiste, dans leurs cases. Fanzine, la fille d'un des deux chefs intervient alors : Oh et puis en voilà assez ! vous voulez vous battre , battez-vous ! mais SEULS !
Et l'amoureux de Fanzine, fils de l'autre chef de rajouter : Fanzine a raison ! S'il le faut, combattez mais n'y mêlez plus les habitants du village qui sont las de vos querelles...

Voilà à quoi je pense depuis deux jours, en revoyant en boucle les images de la confiscation de la flamme olympique à Paris.
Loin de moins l'idée de dire que le combat contre la dictature chinoise et/ou pour la libération ou le respect de l'identité tibétaine n'est pas une noble et juste cause. Mais il y a une pratique de l'utilisation du symbole qui me gène lorsqu'il s'agit de mêler contre leur gré des personnes à un combat. Fut-il juste.
Je vais moi aussi donner dans la caricature, la démesure ou l'à-peu-prés...
Pourquoi faudrait-il libérer les consciences, pourquoi faudrait-il libérer les peuples, les journalistes là-bas et prendre en otage les sportifs ici ? Peut-on imaginer un instant Robert Ménard (dont je respecte l'idéalisme) accepter qu'il lui soit soudain interdit de publier les enquêtes ou de présenter les reportages qu'il aurait mis des mois et des mois à réaliser parce que quelqu'un d'étranger au monde du journalisme trouverait pertinent de l'instrumentaliser pour défendre une cause ? Evidemment non.
Pourtant c'est ce qu'il fait, c'est ce qu'il demande, c'est ce qu'il exige ou qu'il veut imposer aux autres. Il y a peu de distance entre l'éveil des consciences et la volonté d'imposer un mode de pensée.

Alors pour retrouver ma référence au Grand Fossé, j'aimerai bien que M. Ménard ne mène pas ses combats par sportifs interposés, sans leur avoir demandé leur avis.

Je regrette qu'on ait privé les athlètes de l'honneur de porter la flamme olympique. Ils ne portaient pas haut les couleurs du drapeau rouge-sang de la Chine, ils véhiculaient d'autres valeurs. Intemporelles, supra-nationales, bien au dessus de nos réalités économiques made in China.
Je regrette que la crainte d'actions spectaculaires contre ce symbole de paix, qui n'a rien de chinois, ait poussé les organisateurs à verrouiller la manifestation avec des policiers, des gendarmes, des militaires. Jusqu'à la caricature, jusqu'à la nausée.
Je regrette qu'on ait sciemment occulté le symbole de paix en tombant dans le piège de l'utilisation politique voulue par la Chine. Car en répondant sur le même terrain, on a cautionné le détournement, la manipulation voulue par les chinois.
Je demande à être persuadé que ces actions-là qui contribuent à crisper les officiels chinois serviront à desserrer l'étau chinois au Tibet.
J'ai peur, pour le moment, que les seuls qui aient été ouvertement conspués soient les sportifs que d'aucuns (l'ayathollah Noel Mamère si je ne me trompe pas) se sont crus autorisés à traiter de collabos... Sans que Robert Ménard ne trouve à y redire.

Et pendant ce temps au Tibet, la flamme de l'espoir reste à allumer, l'horizon reste bien noir...

06/04/2008

06/04/08 - 13:47

Agence Gay des Poids et Mesures

Parce que c'est bon de rire parfois...
Parce que c'est bon de dénoncer aussi ! :)

02/04/2008

02/04/08 - 10:56

Je jabote, tu jabotes, ils jabotent...



Jaboter (verbe): Parler beaucoup pour ne rien dire.

En feuilletant mon précieux "Petit dictionnaire des mots rares" de Thierry Prellier, je suis tombé sur le verbe "jaboter". Et de façon évidente je l'ai associé à l'affaire d'état qu'est devenu la banderole "bienvenue chez les ch'tis" du Stade de France.
Jaboter, c'est ce que font à longueur de temps les journalistes, les politiques, au seul prétexte qu'ils veulent/doivent coller à l'actualité. Quitte à créer l'évènement en le boursoufflant.
Je ne crois pas qu'il faille traiter par le mépris et le silence un banderole aussi abjecte mais de là à emboucher les trompettes du racisme et de la guerre civile latente qui nous guette, j'en arriverai quasiment - par réaction - à tourner cette histoire en blague imbécile de potache immature.
Evidemment, les crétins mononeuronaux qui se sont livrés à cette connerie indécente méritent d'être sanctionnés et parallèlement le mépris. Le mien en tout cas. Mais je me demande si le soufflé serait monté avec la même intensité si "Bienvenue chez les ch'tis" (le film) n'avait pas dépassé les 15 millions de spectateurs.
D'autres banderoles, d'autres comportements, d'autres dérapages ont eu lieu qui nous ont valu quelques déclarations lénifiantes avec air outragé et main sur le cœur. And so what ? La main sur le cœur est retombée, à sa place toute bête au bout du bras, le visage a retrouvé sa sérénité, son impassibilité ou son impavidité et le monde a continué de tourner, les journaux ont continué leur bonhomme de chemin entre information et endormissement.
Le président de la Ligue de foot n'a pas cru bon - lors de dérapages précédents - de détourner le titre du célèbre film de Cayatte (Nous sommes tous des assassins) en déclarant d'un air martial "nous sommes tous des : noirs, des corses, des marseillais, des pédés... (remplir les pointillés avec toute catégorie minoritaire sur laquelle court des allusions déplacées et objectivement inacceptables)
D'abord je déteste que quelqu'un que je ne connais pas me dicte ma conduite et me dise qui je suis. Parce que moi, si ce soir, sous ton injonction, je suis ch'ti, toi ça fait longtemps que tu es un triste sire...

Le fait que ce monsieur Thiriez se soit cru obligé ou autorisé à déclarer "nous sommes tous des ch'tis" ne fait que rendre plus éclatant le silence pesant ou la couardise habituelle de la Ligue quand d'autres supporters imbéciles (désolé pour le pléonasme) avaient affiché leur connerie sur d'autres banderoles de 10, 15, 20 ou 30 mètres de long ou avaient crié leur haine viscérale pour des joueurs noirs ou arabes. C'est vrai que Indigènes n'a pas fait le même nombre d'entrée que le film de Dany Boon.
Le lendemain on entendait le secrétaire d'Etat au sport faire part de son émotion, prendre position, présenter des excuses officielles du monde du sport aux gens du Nord.
On apprenait que Nicolas Sarkozy se saisissait du dossier et condamnait ce qu'il avait vu.

Il y a quelques années Paris Match avait choisi pour slogan "Le poids des mots, le choc de photos". C'est sans doute parce que cette approche du journalisme qui avouait ouvertement que l'on s'adresserait aux tripes plus qu'à la raison est devenue la norme que cet hebdomadaire l'a abandonné : il ne suffisait plus à le différencier des autres médias... On va donc faire des recherches, des enquêtes, de l'investigation. On va mobiliser les enquêteurs, les journalistes, la police, la police scientifique et les test ADN pour étudier quelques lambeaux de la vraie banderole, la justice. Pour faire un exemple. Pour se donner bonne conscience. Pour faire un coup médiatique.

Pendant que tout ce beau monde jabote donc, j'ai fait un rêve... Une banderole de 30 mètres de long, introduite en fraude dans l'enceinte du Stade de France, sur laquelle seraient inscrits les mots "Torturés, baillonnés, écrasés. Bienvenue au Tibet".
Ça aurait de la gueule non ? Mais en parlerait-on encore quatre jours après ? Oui sans doute. Pour s'émouvoir, s'étonner et se réjouir que des supporters de foot soient capables de faire preuve de réflexion ou de conscience politique...

26/03/2008

26/03/08 - 18:49

Billet d'humeur en forme d'hommage



Il était la voix du football et du rugby... 49 ans... crise cardiaque... 3 enfants... générosité... Homme délicieux doublé d'un professionnel remarquable... rendait palpable la fièvre d'une rencontre sportive...
Bla bla bla.
Minute de silence avant le match France Angleterre. Brassards noirs pour les joueurs ce soir. Hommage. Peine. Incompréhension. Injustice.
Bla bla bla.

Peut-être me trompe-je, mais il me semble qu'on ne parle que d'un journaliste sportif. Et pourtant on en fait un évènement de première grandeur...
Parce que les journalistes sont très corpo une fois de plus. Pensez donc, la mort d'un journaliste... La noble mission de l'information qui doit transcender tous les clivages et porter haut les valeurs de la société contemporaine... On ajoute des trémolos et des larmes et on a le sentiment que l'avenir de la France est bouleversé, que le monde s'arrête de tourner, que le climat se refroidit, que la vie s'éteint.
Parce que c'est un journaliste on le sanctifie, on l'idéalise, on le statufie...
Mais ce n'est qu'un journaliste. Même pas mort en direct. Même pas mort en faisant un reportage en Chine, au Tibet, dans la jungle colombienne, en Irak, au Darfour.
Désolé. Mais ce n'était qu'un journaliste sportif. Profession noble certes, mais pourquoi tant de battage, de bouillon, de dithyrambe, de louanges, d'émotion, d'emphase, d'enflure, de boursouflure ? Parce qu'il montrait sa tête à la télé ? Parce qu'il était journaliste ? Parce qu'il est mort jeune ?
Il n'était pas le seul à être passionné par son boulot, pas le seul à bien faire son métier, pas le seul à être souriant. Il était comme plein d'autres dont on ne parle pas, qu'on oublie, qu'on efface, qu'on enterre.
Ce drame concerne sa famille et ses proches. Ses amis. Ses compagnons de travail. Mais en faire la une de tous les journaux radio et télédiffusés, je trouve ça abusif. Et ça me gonfle de m'énerver sur ce genre de non-évènement, parce qu'il démontre tout simplement que les journalistes, les donneurs de leçons, les parangons de la bien-pensance sont incapables de faire la part des choses, de hiérarchiser l'information, de remplir honnêtement leur mission.

Il avait 49 ans, il était marié, père de 3 enfants. Il est mort d'une crise cardiaque.
Il mérite le respect certes, mais il mérite aussi qu'on se taise, pas qu'on interroge le tout-venant sur le vide qu'il va laisser dans nos vies.
Parce que ça en devient grotesque.

22/03/2008

22/03/08 - 18:49

Partir quand même...

...Partir quand même
partir d'abord
quitter la scène
dans un ultime effort
avant de dire "Je t'aime"
que le piège se referme
partir quand même
rester maitre
de ses jeux...

(Partir quand même - Françoise Hardy)


Emu. L'histoire de Chantal Sébire m'a ému. Bouleversé. Et j'ai beaucoup hésité avant d'oser en parler.
Au delà de tout ce qui peut être déclaré, que l'on soit pour ou contre le principe de l'euthanasie, il n'en reste pas moins que tous les discours (à de rares exceptions près) sont des postures de principe. Je n'aimerais pas que quelqu'un décide pour moi, or c'est ce que tout le monde fait en prenant position pour ou contre la demande de Ch. Sébire de choisir de partir, en paix, avec les siens, chez elle.
Que l'on s'interroge, que cela fasse débat, après tout c'est normal. C'est sain. C'est peut-être une façon de montrer qu'on n'est pas dans une société totalement morte. Alors débattre, oui, mais avec quels arguments ?

Je vais moi aussi théoriser (et tomber dans le travers que je dénonce) : je ne comprends pas que l'on n'accepte pas l'idée de légiférer.
Ce refus de la loi qui autoriserait ou, plus exactement, qui accepterait l'euthanasie dans son principe, fait basculer dans le crime ceux qui écoutent leur coeur ou leur raison.
Ce n'est pas à moi de décider si le seul avis de la personne malade, demandant qu'on l'assiste dans ce qu'elle aurait décidé comme étant ses derniers instants serait suffisant. Ce n'est pas à moi de décider s'il faudrait s'entourer d'un collège d'avis médicaux. Ou si la position de la famille proche demandant que l'on mette fin à la vie végétative ou à la souffrance d'un homme ou d'une femme qui ne serait plus en état de faire connaitre son choix serait acceptable.
En revanche je suis ulcéré de voir que des hommes et des femmes politiques, à qui on confie le pouvoir de légiférer, refusent le principe de l'euthanasie non pas en vertu d'impossibilités constitutionnelles ou légales mais en vertu de considérations morales ou religieuses. Nous sommes dans un état laïc. La loi ne peut souffrir d'être envisagée au travers d'un filtre qui fait référence à des convictions personnelles et non pas à des considérations supérieures, inattaquables.
Alors qu'on exige par exemple que l'Ecole de la République soit protégée des influences politiques, philosophiques et religieuses on tolère que l'Assemblée Nationale soit gangrénée par l'intrusion de convictions personnelles qui prennent le pas sur une lecture sereine de la Constitution ou du Code Civil.
Et pendant ce temps Chantal Sébire devient le symbole de l'incapacité ou des hésitations d'une classe politique à jouer son rôle. Celui de faire avancer la société.

Pour mémoire les propos de la sinistre Boutin, qui est, quant à elle, atteinte d'une forme incurable de laideur...

Jean-Jacques Bourdin : Vous ne reconnaissez pas le droit de mourir à Chantal Sébire parce qu'elle ne peut plus vivre ?
Christine Boutin : Mais pourquoi ne peut-elle plus vivre ? Parce qu'elle dit qu'elle souffre mais il y a les médicaments qui peuvent empêcher cette souffrance, parce qu'elle est difforme mais la dignité d'une personne va au-delà de l'esthétique de cette personne. Quand elle parle de ses petits-enfants, je suis absolument convaincue que cette ancienne institutrice peut aider encore ses petits-enfants à aller de l'avant. Ses enfants l'aiment aussi.
Jean-Jacques Bourdin : Ils l'aiment mais ils comprennent sa demande et sont prêts à l'accompagner...
Christine Boutin : Vous croyez vraiment que donner la mort c'est un geste d'amour, non, ce n'en est pas un, c'est un non-respect de la dignité de toute personne. Ce qui est en cause dans cette personne c'est sa souffrance.
Jean-Jacques Bourdin : Vous pensez qu'elle est instrumentalisée ?
Christine Boutin : Oui, je le crois. Elle n'est pas suffisamment entourée, je crois qu'il faut qu'il y ait des médecins qui soient autour d'elle, qui l'aident à ne pas souffrir car aujourd'hui je suis convaincue qu'il peut y avoir un accompagnement. Apparemment, vous la voyez dans le Parisien, assise, cette femme, mis à part son visage qui est bouleversant, elle semble en parfait état physique. C'est un échec total que de laisser penser que c'est un geste d'amour ou un progrès.

Vos convictions, madame, contrairement à ce que vous pensez, vous aveuglent. Vous bafouez votre Dieu, celui qui parle d'amour et de compassion.

02/03/2008